Amour de la matière et gravure mystique
J'ai découvert la linogravure au lycée d’arts appliqués et textile de Roubaix. Je me souviens encore de l'odeur de l’huile de lin que j'adorais humer de très près, et des sensations des coups de gouges dans la matière dense et souple de la plaque de lino, et cette joie intense de savourer chaque étape du processus. J'étais tombée amoureuse de la Gravure.
J'ai retrouvé le plaisir de graver aux Beaux-Arts de Tourcoing , puis aux Beaux-Arts de Bruxelles en ERASMUS. Là j’ai de nouveau savouré les sensations des ambiances des ateliers de gravure. Des lieux hors du temps chargés d'odeurs, de vieux meubles lourds, d'outils de toutes sortes accrochés au mur, des tiroirs qui débordent, des matrices et des épreuves perdues un peu partout. Une joyeuse pagaille qui témoigne de la vie dans un espace qui appartiendrai à une époque des débuts de l'impression. Et biensûr les grandes presses, pièces maîtresses qui trônaient dans ces espaces sacrés des encres et du papier. Dans ces lieux je me sentais en communion, en amour avec le processus de création. J’étais comme dans l’atelier des dieux créateurs, là où se forment les matrices, comme au coeur de l’expérience profonde de la création de la matière et de tous ses secrets.
Une joie mystique m'anime dans ces ateliers et m'invite à ajouter de la profondeur à mes dessins en les gravant dans la matière. Puis un mélange d'exploration, de jeu, de partage, d'expérimentations..
Je le ressens vraiment comme si mon âme prenait les commandes à ce moment-là, pour saisir la Beauté du geste et de sa profondeur, quelque soit son degré de maîtrise, aller plus loin dans la sensation danser avec la matière, de jouer amoureusement avec elle.
La gravure révèle mon amour de la matière, du dessin et du sacré. De la préparation de la matrice au dessin, de la gravure — sculpter la matière avec une gouge, un sclapel ou la dessiner à la pointe sèche — à l’impression, je me sens amoureuse, vivante.
La Joie est là, au coeur du geste et me saisit, elle est plus puissante que les méandres du mental. C’est comme un instant de Grâce.
Comme un mouvement organique et Vivant qui n’aspire qu’à goûter, aimer, goûter à l’amour de la matière.
Peu importe le motif ! Le mental, bien sûr, s’accapare sa part : composer, calculer la superposition des matrices ou des motifs en taille perdue, les temps de morsure pour l'eau-forte et l'aquatinte…
L’art d’imprimer, la préparation du papier ou des supports variés, l’encrage, l’essuyage et le passage sous la presse, tout autant d’étapes qui peuvent influencer l’évolution du processus.
Je vous souhaite de tout cœur de goûter et de vous nourrir de ces moments de Joie et d'extase créative, quelque soit le domaine ! Danse, Musique, peinture , photographie... Que vos SENS subliment l'expérience !
Hélène
















